Sassou, père adoptif de Guy Brice Parfait Kolélas

Dans le roman « Le monde s’effondre » de Chinua Achebe, le héros, Okonkwo, tue, dans le cadre rituel, son fils adoptif, Ikemefuna, qu’il aimait tendrement. Les coutumes dans ces sociétés du Bas Niger étaient féroces. Ce n’est pas une légende.

La morale de cette histoire infanticide : il y a des intérêts supérieurs auxquels on ne saurait déroger.

On entend ces temps-ci la thèse que Sassou, père adoptif de Guy Brice Parfait Kolélas, n’est pas étranger dans la mort inopinée de ce dernier dans la nuit du 21 au 22 mars 2021. Rite ou machiavélisme ?

« Après tout ce que Sassou a fait pour les Kolélas, il n’a rien à avoir dans la disparition non seulement du père mais aussi du fils » disent les irréductibles du tyran congolais. Selon ce raisonnement, Sassou aimait Guy Brice Kolélas plus que Kiki comme Okonkwo de Chinua Achebe son fils adoptif. Résultat : Sassou fit de Kolélas son ministre de la Fonction Publique. Qui dit mieux ?

Cependant l’historicité de l’alliance MCDDI/PCT mérite d’être fait. Comment ces deux frères ennemis, Kolélas/père et Sassou Nguesso en sont-ils arrivés à s’entendre comme deux larrons en foire après s’être étripés pendant des années, peu avant la Conférence Nationale ?

Un célèbre homme d’église, L’Abbé Joseph Yanguissa, à l’époque, deuxième personnalité à la marie de Brazzaville quand Kolélas était maire en 1992, fut témoin d’une conversation téléphonique entre Kolélas et Sassou au cours de laquelle les deux leaders politiques ne tarirent pas d’éloges l’un envers l’autre. C’était au moment fort de l’alliance URD/PCT.

« Ba babi » commenta Kolélas après avoir raccroché. (« Des salauds ! ») : voilà ce que pensait l’ami Kolélas à l’attention de Sassou c’est-à dire des Mbochi.

Personne n’était dupe. Le mariage Kolélas/Sassou était celui de la carpe et du lapin ; une sorte de pacte germano-soviétique, genre « je t’aime moi non plus. »

C’est alors sans surprise que la nouvelle amitié vola en éclats comme une baudruche en 1997 pendant le coup d’Etat de Sassou. Kolélas retourna la veste, devint Premier Ministre de Pascal Lissouba. Des années d’exil plus tard après le chute du professeur, Kolélas revint à Brazzaville inhumer son épouse Ma Ngoundi grâce à la magnanimité de Sassou. Désormais veuf, Kolélas se retrouve dans une nouvelle dynamique avec Sassou qui, pour sceller l’amitié, lui donne une épouse d’origine mbochi. Les mauvaises langues parlent de femme fatale à propos de cette maitresse nordiste. Kolélas, malade, est évacué à Paris où il meurt non sans faire promettre à son ami Mbochi de prendre soin de ses enfants. Les connaisseurs admirent le coup de Jarnac car ils y voient le crime parfait.

Famille recomposée

Se structura la famille nucléaire recomposée avec Antoinette Sassou dans le rôle de marâtre. L’opinion, une fois de plus ironisa sur cette étrange parenté car d’ennemis que les Kolélas et les Sassou étaient, ils devinrent les meilleurs amis du monde. Guy Brice Parfait Kolélas donnait du Papa à Sassou. Ca faisait rire sous cape.

Comme dans « Le monde s’effondre », Sassou avait un pacte à respecter. Il n’avait pas oublié le contentieux de 97 quand Kolélas prit le parti de Lissouba dans une sorte d’alliance Sud-Sud.

La rançon d’une alliance

A l’heure qu’il est, Okonkwo d’Oyo est en train de faire payer à la famille Kolélas la transgression de 1997 suite à laquelle il faillit rater son coup d’Etat n’eut été l’appui de la France par l’Angola interposée.

Ceux qui, à commencer par Kolélas/fils, crient que Sassou étaient devenus le père bien-aimé des orphelins font doucement rire. Sassou valida le testament de Kolélas moribond parce que, ce geste teinté d’humanité, permettait d’acheter la paix menacée par Pool insoumis. Sassou savait que les Kongo-Lari obéissaient aux Kolélas au doigt et à l’œil.

Malheureusement quand vinrent les élections du 21 mars 2021 où le fils prodigue menaça le pouvoir en se présentant contre l’Empereur, il n’y eut pas d’Ange Gabriel qui, comme dans la Bible, retint la main d’Abraham quand il voulut égorger son fils Isaac.

La suite se passe Quai de la Rapée, à l’Athanée de Paris. Cette fois-ci les connaisseurs ont des doutes car le crime contre Guy Brice n’est pas parfait.

Thiery Oko

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