Plateaux : Les autochtones combattent la pauvreté

(CRP/Syfia) A Djambala, chef-lieu du département des Plateaux, à près de 450 km au nord de Brazzaville, des autochtones sédentarisés multiplient petits métiers pour sortir de la précarité.

« Nous avons formé des gardiens et des techniciens de surface qui travaillent dans l’administration publique à Djambala », se félicite Médard Empo, président de l’Association actions humanitaires des populations autochtones (AAHPA). Une association qui regroupe plus de 30 membres et milite pour l’intégration socioprofessionnelle et culturelle de cette communauté.

Charles Efoulambi, la vingtaine, marié et père de trois enfants, témoigne : « J’apprends à conduire pour devenir chauffeur grâce à l’AAHPA. Mais, pour l’heure, la médecine traditionnelle est ma principale source de revenus. Mes patients viennent de partout ! » Cette activité permet à Charles de gagner chaque mois 60 000 Fcfa (90 € environ). Une somme dérisoire, selon lui, mais grâce à laquelle il a tout de même construit sa « maison en matériaux durables. J’ai reçu 10 tôles du ministère des Affaires sociales, mais j’en ai ajouté 20 autres. Ce qui m’a permis de bâtir une habitation décente. J’ai aussi pu acheter une télévision. Avant, mes enfants la regardaient chez les Bantous jusque dans la nuit, mais cela me dérangeait », fait-il savoir, expliquant qu’il n’acceptait pas que ces derniers en profitent pour se moquer de ses enfants.

Junior Bakouba, 48 ans, marié et père de quatre enfants, a lui opté pour l’agriculture : « Je cultive le manioc sur une portion de terre de 500m2 donnée par des Bantous. Je fais ensuite du foufou que je vends. Après avoir vendu mes produits, je gagne en moyenne 125 000 Fcfa (190 €). Mes enfants sont scolarisés et je ne vis plus dans des huttes en branchages et en paille comme mes parents ! » Le président de l’AAHPA résume : « Ces autochtones ne travaillaient plus pour des Bantous. Ils gagnent de l’argent et vivent mieux. »

 

Enfants scolarisés, développement à la clef

D’autres autochtones ont plus de difficultés. Mère célibataire dans la vingtaine d’une fille de 3 ans, Blanche Kotali vend des produits maraichers et du bois de chauffe. Ses maigres recettes journalières : 2 000 Fcfa (3 €). « Je dois payer 600 Fcfa (0,90 €) au taxi moto qui dépose ma fille chaque jour à la maternelle et ma maison est en ruine…», se plaint l’intéressée, qui souhaite apprendre la couture pour sortir, elle aussi, de la pauvreté.

A Djambala, sur plus de 10 000 habitants, seuls près de 20 enfants autochtones vont à l’école, mais ce chiffre progresse avec la sédentarisation progressive de cette communauté. Chancelvie Bakouba, 13 ans, fille ainée de Junior, est élève de 6eme. Son rêve : devenir institutrice pour enseigner aux enfants autochtones et gagner de l’argent. Un rêve partagé par ses parents. « Elle est notre espoir. Avec un diplôme, elle pourra travailler et nous aider. C’est pourquoi je ne veux pas la marier de sitôt, elle doit devenir une femme de valeur ! », insiste son père.

Ces élèves vulnérables sont soutenus par la direction départementale des Affaires sociales. Son directeur, Jean Didier Kibinda, affirme en effet avoir trouvé un donateur privé pour les doter en fournitures scolaires : « Je suis convaincu qu’un enfant autochtone scolarisé est un point de développement pour sa communauté et pour la ville de Djambala. »

Un développement qui tarde encore à être totalement une réalité pour les quatre campements autochtones situés aux extrémités de la ville. Pas d’eau, pas d’électricité. Quant à la route bitumée, elle s’arrête à 300 mètres de là… « L’Etat nous a exclus ! », déplore Charles. Une injustice à réparer au plus vite, selon M. Kibinda : « Si nous voulons que les autochtones se développent, donnons-leur l’eau, l’électricité et la route. La sédentarisation, un moyen de les sortir de la pauvreté, passe par là ! »

Blanche Simona et Clarisse Milandou

Octobre 2016



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