La mort d’Idriss Deby Itno ou l’élection de trop

Aujourd’hui vendredi 23 avril 2021 Idriss Déby Itno est porté en terre selon le rite musulman. La mort d’Idriss Deby Itno c’est la métaphore de l’élection de trop dans un contexte de confiscation exclusive totalitaire.

Mais malgré ce hiatus, la grammaire de l’éloge dithyrambique est de sortie. Pour les rhétoriciens des hyperboles, l’homme, « stratège de guerre émérite » est mort au combat ; « l’arme à la main », comme avant lui Marien Ngouabi.

L’oxymore « une belle mort » a été entendu à propos du maréchal du Tchad comme le 21 mars 2021, à Brazzaville ; à propos de Guy Brice Parfait Kolélas décédé sur la « dernière ligne droite » d’une élection foncièrement bourrée d’irrégularités. Toutefois l’équation funeste de la beauté de la mort est mensongère puisque la praxis politique n’est pas la même au Tchad où beaucoup de personnes (opposants ou apolitiques) sont salement mortes par la faute d’Idriss Deby Itno. « Allah n’est pas obligé » (Hamadou Kourouma) d’être indulgent avec ce genre de mortels.

Le mandat de trop

Trop délections où il y a trop d’irrégularités exaspèrent plus que l’absence d’élections ; voilà pourquoi aucun torrent de larmes n’a coulé à Ndjamena car pour le public, les dernières élections, c’était la provocation de trop. Dans tous les cas quand un champ politique tient lieu de sahel démocratique, il tient automatiquement lieu d’oasis où s’abreuvent les insurrections. Et, historiquement, L’Afrique francophone, depuis la décolonisation, est une forêt d’injustices et de frustrations refoulées en train peu à peu d’exploser. Avis à l’Empereur d’Oyo.

La montée en grade

Idriss Deby, maréchal autodésigné du Tchad, était loin d’être le maréchal de tous les Tchadiens. Le champ de bataille sur lequel Déby a récolté ses grades était parsemé de morts ethniques. Idem celui, ethnocidaire, sur lequel, jonché de civils laris innocents, Sassou s’est fabriqué le grade de général et celui métonymique d’Empereur.

Idriss s’en va en guerre…

Les rebelles ont ironisé sur la bravoure du maréchal du Tchad qui croyait que la guerre était un jeu d’enfant où s’affrontaient des soldats de plomb au point d’aller parader (après une victoire présidentielle mitigée) sur un front brûlé par le sable du désert, pendant que la France du tandem Macron/ Le Drian n’a même pas eu la gentillesse d’aller sauver le soldat Idriss.

Et pourtant, Déby, véritable débile, était présenté par son amie La France, comme un vaillant soldat ayant tenu les terroristes du coin en respect. En vérité, tigre de papier, Idriss fut transcendé, grâce à une savante alchimie élyséenne, en garant politique de la démocratie : presque un Nelson Mandela en treillis. En conséquence il y a eu consensus dans toute l’Afrique francophone où les drapeaux ont été mis en berne (en l’occurrence au Congo de Sassou) en guise solidarité avec l’illustre disparu. Mais cet« homme qui est mort » (comme dirait Wole Soyinka ) comptait parmi les leaders africains ayant fait don de la démocratie à leurs peuples comme on vendrait du sable du Sahel à des bédouins : une belle escroquerie marchande en bonne et due forme.

Dictateur espiègle

« Je ne connais même pas le nom du constitutionaliste français venu écrire la Constitution du Tchad » soupira Idriss Deby devant la presse étrangère interloquée. Il appliquait la Loi fondamentale en s’appliquant à en falsifier l’esprit avec la bénédiction de la France qui fermait les yeux sur les lacunes du nouvel homme fort du Tchad. Idriss fit remarquer aux journalistes un paradoxe : se faire taper sur les doigts quand il manipula la Constitution écrite par la France à son attention alors que cette Table de la Loi Loi sensée garantir la démocratie portait des éléments permettant de ruser avec la règle instituée. En d’autres termes le constitutionnaliste français qui fabriqua la Constitution tchadienne avait inséré dans celle-ci les facteurs de sa propre destruction. Le ver était logé dans la pomme par l’agriculteur lui-même. Il se fichait royalement qu’il la respecte ou non.

Zoé est arrivé

L’Arche de Zoé, en 2007, sauva Déby du déluge protestataire anti-Déby On compatit avec le tyran qui cependant ne vint jamais en aide aux enfants tchadiens durant ses nombreux mandats lorsqu’une ONG voulut sauver de l’océan de misères dans lequel Déby plongea le pays. Un délire débile.

/B_documents_decompte>

Source link