Kouilou : La rude existence des femmes de Mengo

(CRP/Syfia) Terres éloignées et appauvries, manque d’emplois et d’eau potable, centre de santé au ralenti… A Mengo, à environ 30 km de Pointe-Noire, habitants, autorités et journalistes ont discuté fin octobre, au cours d’un débat communautaire, du quotidien épuisant des femmes de cette localité.

« Mengo et la lutte contre la pauvreté ». Tel est le thème du débat communautaire qui a réuni, le 29 octobre dernier, des journalistes, des femmes et quelques hommes  de Mengo, un village de plus de 1 000 âmes situé à environ 30 km de Pointe-Noire, dans le district de Loango (département du Kouilou).

Ce débat a été animé par Haircy Mbimi et John Ndinga Ngoma, deux journalistes du projet « Journalistes, associations et autorités locales contribuent à un meilleur respect des droits des femmes rurales pour lutter contre la pauvreté ». Un projet financé par l’Union européenne et piloté par le Centre de Ressources pour la Presse (CRP), en partenariat avec Syfia International. Les échanges ont été supervisés par Gaston Elbi Enkari, coordonnateur dudit projet, en présence également de Mergeline Dombi Bouya, chef de service à la direction départementale de la Promotion de la femme du Kouilou.

Ce débat a réuni une quarantaine de personnes. Parmi elles, Simone Makaya, la quarantaine, mère de six enfants : « Si nous ne nous rendons pas aux champs, nous n’aurons pas de quoi nourrir nos familles. Nos époux ne travaillent pas, c’est sur nos épaules que repose la vie de nos foyers…»

La broderie plutôt que les eucalyptus

Dans cette communauté urbaine, depuis que les emplois sont devenus rares pour leurs maris, bon nombre de femmes sont à présent de vrais chefs de famille. Cependant, leur détermination se heurte à plusieurs difficultés. « Nous sommes obligées de parcourir environ 2 kilomètres pour aller cultiver nos champs, mais nos terres ne sont plus fertiles. Elles ne nous permettent plus d’avoir de bonnes récoltes ! », a déploré Gisèle Taty, la quarantaine révolue, célibataire et mère de six enfants.

Selon les participants au débat, cet appauvrissement des sols serait dû à l’utilisation de produits chimiques dans les plantations d’eucalyptus de leur village. Des plantations qui ont démarré au début des années 1970, réalisées par la société qui s’appelait alors : UAIC, Unité d’afforestation industrielle du Congo, puis Eucalyptus du Congo (ECO), remplacée depuis par Eucalyptus fibre du Congo (EFC), une entreprise privée. « Cette société s’était engagée à construire des infrastructures de base dans le village, selon ce que nous disait notre père, mais rien n’a été fait ! Nos parents n’ont même pas évolué dans l’ECO… », a encore fait savoir Gisèle.

Faute de récolte agricole conséquente, les femmes du village vendent le bois de chauffe ramassé dans les plantations d’eucalyptus. Une pratique interdite par EFC qui dit vouloir ainsi éviter l’exploitation illicite des eucalyptus.

Pour plusieurs participantes au débat, aujourd’hui, leur salut passe plutôt par l’ouverture de centres d’apprentissage de petits métiers, inexistants pour le moment dans leur village : « Nous pourrions apprendre la couture, la broderie et autres. Cela nous permettrait de créer nos ateliers et de gagner un peu d’argent. » Darelle Mapakou par exemple a insisté : « Ces centres d’apprentissage seront davantage utiles pour nos jeunes filles. »

Santé et eau : deux casse-têtes chinois

Au cours des discussions, les femmes de Mengo ont aussi parlé de leurs difficultés à accéder aux soins. « Nous n’avons pas un centre de santé intégré (CSI), mais un ‘centre de diable’ ! Ce dernier ne fonctionne en effet que quelques heures par jour et manque toujours de personnel ! Les employés préfèrent vivre à Pointe-Noire plutôt qu’ici. », a fait remarquer, dépitée, Gisèle Taty. Les agents du CSI de Mengo ont de leur côté évoqué le manque de matériel pour justifier ces dysfonctionnements.

Dernière épine dans le pied des femmes : le difficile approvisionnement en eau potable. « Pour en avoir, nous devons nous réveiller à 4 heures du matin et parcourir plus d’un kilomètre aller et un kilomètre retour. Nous perdons ainsi de l’énergie avant d’entreprendre nos activités agricoles ! », a regretté Germaine Mboumba, une des femmes leaders de Mengo, gestionnaire des points d’eau de cette localité.

Bien que située sur la route nationale n°1, Mengo ne dispose que de deux forages. Un a été construit par des bienfaiteurs et l’autre par le projet de l’Etat « Eau pour tous ». « Le premier forage est en panne depuis des mois. Quant à celui d »Eau pour tous’, il manque de panneaux solaires pour bien fonctionner », ont déploré les habitants. Ces derniers ont assuré avoir informé les autorités de leur district. Ils attendent toujours une réponse…

Patrick de Mangoubi

Novembre 2016



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